Georges Rodenbach

L'obscurité, dans les chambres, le soir

Ah ! Quel trouble ! Et les peurs, les peurs dominatrices

Dans les rideaux des lits agitant des fantômes !

Et ces sachets du linge aux sensuels arômes !

Et les lampes, là-bas, rouvrant leurs cicatrices,

 

Qui vont recommencer à faire saigner l'ombre !

Mais l'ombre se défend contre les lampes frêles,

Epaississant dans les angles sa force sombre

- On écoute les moucherons griller leurs ailes... -

 

Et l'on soupçonne, à voir mourir les bestioles,

Que c'est l'obscurité qui se venge ainsi d'elles

Pour avoir aimé mieux que ses noires fioles

Le soleil qui revit dans les lampes fidèles !