Louise Colet

La Demoiselle

Fleurs du Midi

Dans un jour de printemps, est-il rien de joli

Comme la demoiselle, aux quatre ailes de gaze,

Aux antennes de soie, au corps svelte et poli,

Tour à tour émeraude, ou saphir ou topaze ?

 

Elle vole dans l’air quand le jour a pâli ;

Elle enlève un parfum à la fleur qu’elle rase ;

Et le regard charmé la contemple en extase

Sur les flots azurés traçant un léger pli.

 

Comme toi, fleur qui vis et jamais ne te fanes,

Oh ! que n’ai-je reçu des ailes diaphanes !

Je ne planerais pas sur ce globe terni !

 

Aux régions de l’âme, où nul mortel ne passe,

J’irais, cherchant toujours dans les cieux, dans l’espace,

Le monde que je rêve, éternel, infini !