Auguste Lacaussade
Sur la rive opposée, à gauche du ravin,
L’eau du tranquille étang court sur le sable fin
Que borde un frais talus d’herbe tendre et de mousses.
Ici, les flancs du mont ont des rampes plus douces,
Et les arbres à fruit au soleil exposés
Épandent leurs berceaux sur les versants boisés :
Dans l’obscure épaisseur de ses fortes ramures
Le tronc noir du manguier montre ses grappes mûres ;
Le goyavier aux fleurs blanches, aux fruits dorés,
La souple grenadille aux pétales pourprés,
L’atte et le bibacier, pittoresque assemblage,
Dans un même parfum confondent leur feuillage.
L’oiseau bleu de la Vierge aux instincts familiers,
L’inoffensif oiseau des monts hospitaliers
Se plaît dans cette ombreuse et tiède solitude :
Furtif, il guette et suit les pas du voyageur
Qui vient sur ces plateaux, indolent et songeur,
Respirer des hauts lieux la vaste quiétude.
Des pentes du ravin, des monts, des bois épais,
De toute part descend une ineffable paix,
Le charme enveloppant d’un lumineux silence,
De ce silence fait de bruits d’ailes et d’eaux
Passant dans l’air, montant des joncs et des roseaux,
Et des bambous lustrés qu’un vent léger balance.