François Villon

La Repeue de Villon et de ses compaignons

La manière d’avoir des Trippes pour dîner.

 

Que fist-il ? À bien peu de plet,

S’advisa de grant joncherie :

Il fist laver le cul bien net

A ung gallant, je vous affie,

Disant : « Il convient qu’on espie :

Quand seray devant la trippière,

Monstre ton cul par raillerie,

Puis, après, nous ferons grant chière. »

 

Le compaignon ne faillit pas,

Foy que doy sainct Remy de Rains !

À Petit-Pont vint par compas,

Son cul descouvrit jusque aux rains.

Quand maistre Françoys vit ce train,

Dieu sçet s’il fit piteuses lippes,

Car il tenoit entre ses mains

Du foye, du polmon et des trippes.

 

Comme s’il fust plain de despit,

Et courroucé amèrement,

Il haulsa la main ung petit,

Et le frappa bien rudement,

Des trippes, par le fondement ;

Puis, sans faire plus long caquet,

Les voulut, tout incontinent,

Remettre dedans le baquet.

 

La trippière fut courroucée

Et ne les voulut pas reprendre.

Maistre Francoys, sans demourée,

S’en alla, sans compte luy rendre.

Par ainsi, vous povez entendre,

Qu’ilz eurent trippes et poisson.

Mais, après, il faut du pain tendre,

Pour ce disner de grant façon.