Lucie Delarue-Mardrus

Sillage

La Figure de proue

Tu es beau, tu es doux, commencement du soir,

Quand je vais sur la grève africaine m’asseoir,

Dans le creux d’un rocher pour longtemps installée

Comme attendant toujours qu’une dame salée,

Ma furtive, glissante et singulière sœur

Monte pour moi du fond des eaux avec douceur,

Lorsqu’il n’apparaît rien qu’une dolente lune

Qui, pleurant sur la mer sa lueur opportune,

Éteint dans la froideur d’un long ruisseau d’argent

Les dernières rougeurs du soleil outrageant.

Et dit à mon espoir que, sur les vagues, traîne

Le sillage luisant et bleu de ma sirène…