Iwan Gilkin

La pensée

L’ange noir m’a tendu la coupe d’onyx noir

Où bout sinistrement la liqueur cérébrale.

J’ai versé la mort dans ma bouche sépulcrale :

Ô charme des terreurs ! Splendeurs du désespoir !

 

Pensée, âcre poison, rongeur des énergies,

Qui détruis le bonheur, l’amour et la santé,

Tu dissous tout espoir et toute volonté

Dans les cœurs altérés de tes sombres magies.

 

Quelle odeur de cadavre en cet horrible vin !

— J’ai vu. J’ai lu. J’ai su. Je sais que tout est vain.

Tous les plaisirs pour moi meurent avant de naître.

 

Qu’importent les printemps à mon âme d’hiver

Qui ne peut plus jouir et ne veut plus connaître

Et qui préfère aux fleurs l’acier d’un revolver !