Alfred De Musset

ADIEUX À SUZON

Poésies Nouvelles (1836 - 1852)

Adieu, Suzon, ma rose blonde,

Qui m’as aimé pendant huit jours ;

Les plus courts plaisirs de ce monde

Souvent font les meilleurs amours.

Sais-je, au moment où je te quitte,

Où m’entraîne mon astre errant ?

Je m’en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

 Toujours courant.

 

Je pars, et sur ma lèvre ardente

Brûle encor ton dernier baiser.

Entre mes bras, chère imprudente,

Ton beau front vient de reposer.

Sens-tu mon cœur, comme il palpite ?

Le tien, comme il battait gaiement !

Je m’en vais pourtant, ma petite,

Bien loin, bien vite,

Toujours t’aimant.