Georges Rodenbach

Dans l'étang d'un grand coeur

Or parmi cette eau morte et pourtant animée

Surnage ton visage, ô toi, l'unique aimée !

Et ton visage blanc dans la lune sourit,

La lune de profil, la lune émaciée

 

- Ô la visionnaire, et la suppliciée ! -

Qui douloureusement dans l'eau froide périt ;

Car la douleur accrue éteint tous les mirages

 

Et des cygnes, nageant vers la face au halo,

Les cygnes noirs du désespoir, durs et sauvages,

Inexorablement la déchirent dans l'eau !