Pierre Louÿs

Les filles du Dieu

Elles avaient piqué des lotus dans leurs boucles

Et mouillé leurs cheveux avec des parfums lourds

Leurs flancs souples roulaient des houles de velours

Leurs longs yeux palpitaient comme des escarboucles.

 

Des couleuvres d’argent tournaient sur leurs bras nus

Des colliers descendaient sur leurs mamelles grises

Leurs souffles délicats erraient comme des brises

Dans leurs voix tristes et leurs rires ingénus.

 

Et les rougeurs des fleurs sur leurs boucles nocturnes

Tremblaient avec des somnolences taciturnes

Au bout de leurs doigts blancs ongulés de carmin

 

Et les sourds tapis bleus déroulaient le chemin

Où les filles du dieu sur des fleurs de verveines

Se charmaient l’une l’autre au cours des heures vaines.