Anna de Noailles

Surprise

Les Éblouissements

Je méditais ; soudain le jardin se révèle,

Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.

Je le regarde avec un plaisir éclaté ;

Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été !

Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,

J’avance et je m’arrête ; il semble que la joie

Était sur cet arbuste, et saute dans mon cœur !

Je suis peine d’élan, d’amour, de bonne odeur,

Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame,

Tout est si rapproché, si brodé sur mon âme,

Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,

Que ce n’est pas le pré, mais mon œil qui fleurit,

Et que, si je voulais, sous ma paupière close

Je pourrais voir encor le soleil et la rose…