Anna de Noailles

Ce matin de juin

Les Éblouissements

Ce matin de juin est candide, charmant

Comme une fleur qui naît et comme un pépiement.

Tout est plus jeune encor que l’enfance ; la nue

A des oiseaux brodés sur sa robe ingénue.

Les feuillages, pareils à d’étroites forêts,

Déroulent sur l’azur leurs légers copeaux frais.

L’air a le goût d’une eau dormant dans une pêche.

Le soleil tourne, joue et décoche sa flèche

Aux cerises qui sont de petits cœurs aimants.

Que de parfums groupés sur les chemins cléments !

Des branchages si lourds tombe une ombre légère,

Le sol semble abrité d’un chapeau de bergère ;

Le lait divin et bleu du bel azur nourrit

Tout l’univers naïf qui tressaille et qui rit.

Le ciel luit comme un flot limpide dans une anse.

C’est le bonheur, la paix, la jeune jouissance…

Ah ! se peut-il qu’un jour si vivant et si beau

Chancelle tout à coup et descende au tombeau ?