Ondine Valmore

À Jacques

Durant les longs étés, quand la terre altérée

Semble se soulever, blanchie et déchirée,

Pour chercher vainement un souffle de fraîcheur

Qui soulage en passant son inquiète ardeur;

Quand la moisson jaunie, éparse, échevelée,

Se penche tristement sur sa tige brûlée,

Qu’il est doux, sur ces champs tout à coup suspendu,

De voir poindre et grandir le nuage attendu !

Qu’il est doux, sous les flots de sa tiède rosée

De voir se ranimer la nature embrasée,

Et de sentir la vie, arrêtée un moment,

Rentrer dans chaque feuille avec frémissement !

Dans ces vallons étroits, profonds, et solitaires,

Où plonge un jour douteux pesant, plein de mystères ;

Où l’ombre des sapins couvre les champs pâlis,

Loin de l’air et du ciel terrains ensevelis;

Qu’il est doux, au milieu de la sombre journée,

De voir éclore enfin une heure fortunée,

De voir l’astre de feu, que le mont veut cacher,

S’élevant glorieux, dominer le rocher !

Ouvrant sa gerbe d’or sur ce côté du monde,

De ses jets lumineux il l’échauffé et l’inonde,

Et l’aride vallon, semé de mille fleurs,

Resplendira bientôt de divines couleurs !