Iwan Gilkin

La Lyre

Dans la ville nocturne où j’erre, épouvanté,

La rue, au loin, descend, puis remonte et s’évase

Et trace en points de feu pour ma bizarre extase

Une lyre idéale au contour de clarté.

 

Chaque lampadaire est un clou diamanté

Du magique instrument qui pour mes yeux s’embrase.

Quel son mystérieux, quelle troublante phrase

Va jaillir du pavé par mes pas tourmenté ?

 

Ô ma ville natale, ô muse ténébreuse,

Chantons, créons ensemble une musique affreuse

Qui torture à jamais la terreur de tes nuits !

 

Ton vertige me soûle et je sens que je suis,

Moi, noir poète né pour la perte des âmes,

Un doigt d’ombre sur cette immense lyre en flammes !