Alphonse de Lamartine
Nouvelles Méditations Poétiques
Enfant, j’aimais, comme eux, à suivre dans la plaine
Les agneaux pas à pas, égarés jusqu’au soir ;
À revenir, comme eux, baigner leur blanche laine
Dans l’eau courante du lavoir.
J’aimais à me suspendre aux lianes légères,
À gravir dans les airs de rameaux en rameaux,
Pour ravir le premier, sous l’aile de leurs mères,
Les tendres œufs des tourtereaux.
J’aimais les voix du soir dans les airs répandues,
Le bruit lointain des chars gémissant sous leur poids,
Et le sourd tintement des cloches suspendues
Au cou des chevreaux dans les bois.