Anna de Noailles

Angoisse

Les Éblouissements

Quelquefois la calme beauté

D’un abondant matin d’été,

Ou le vent qui flotte et s’appuie,

Ou la douce odeur de la pluie

S’égouttant au long du raisin,

Ou la gaîté du sarrasin,

Des champs de trèfle, de sésame,

Répandent du calme dans l’âme...

– Mais quand le corps est envahi

D’un deuil oppressant, engourdi,

Quand le poumon ne se soulève

Qu’en portant le poids de son rêve,

Quand tous les bruits de l’univers

Sont un ongle aigu sur les nerfs,

Quand, empli de tendre épouvante,

On est une tombe vivante

Où git, puissant, continuel,

Un dieu sensible et sensuel,

Quand le regard est comme un gouffre,

Et quand c’est tout le sang qui souffre ?…