Pierre Louÿs

La fille blonde que j’avais vue

La fille blonde que j’avais vue

En fichu bleu, tel soir de décembre,

Errante et lasse parmi la rue,

Et qui priait mes yeux vers sa chambre,

 

La fille blonde en tricot bleu pâle

Que je rêvais, défaite et couchée,

La tête blonde en l’ombre du châle,

Depuis ce jour je l’ai tant cherchée.

 

Hélas ! hélas pauvre fou, que n’ai-je

Suivi ses pas légers dans la neige

Vers le feu clair et les draps candides,

 

Pour me soûler — car j’étais très jeune —

De continence triste et de jeûne,

Avec de longs sourires limpides ?