Jean Moréas

Intimité

Les Cantilènes

Les rumeurs des hommes et des choses

Comme un flot expiré se sont tues.

— Tes beaux desseins que tu prostitues,

Ô mon cœur, compte-les, si tu l’oses.

 

Des détritus de bouquets de roses

Parfument les brises abattues.

— Compte tes fiertés condescendues,

Et tes vains essors aux ailes closes.

 

— Mais le doux ciel d’une nuit d’été

Bénit le sommeil de la cité ;

Au sort, va, n’en gardons pas rancune !

 

Puisque la vie est un sottisier,

Que je fume en face de la lune

Ma bonne pipe de merisier !