François Coppée

Le feu follet

Par une nuit d’orage et sous un ciel en deuil,

Parfois le paysan, qui sort d’une veillée,

Aperçoit au détour de la route mouillée

Un feu follet énorme et fixe comme un œil.

 

S’il s’avance, domptant son effroi par orgueil,

Le feu recule et semble, au fond de la feuillée

Par la brise de mer tordue et travaillée,

Une flamme d’alarme, au loin, sur un écueil ;

 

Mais s’il fuit, le poltron, et regarde en arrière,

Il voit tout près, tout près, l’infernale lumière

Grossissant et dardant sur lui son œil mauvais.

 

Ô vieux désir, pourquoi donc me poursuivre encore,

Puisque tu t’es enfui quand je te poursuivais ?

Quand donc t’éteindras-tu ? Quand donc viendra l’aurore ?