Valentine de Saint Point

Le Pantin et la Mort

La caverne était sombre et grande l’assemblée.

Au milieu, un pantin, objet de la veillée.

Chacune à son côté, près: moi-même et la Mort,

Chacune le tirant par un bras. Et mon sort

Etait clos en ce masque inanimé, si flasque!

Et, toute, je m’arquais, comme dans la bourrasque,

A la Mort, comme au vent, opposant ma vigueur

Que décuplait mon sang ardant d’être vainqueur.

Si mon effort cédait, certes j’étais perdue;

Ma volonté de vivre était toute tendue.

 

Mais, du pantin, la Mort arracha la moitié,

L’autre, en mes mains resta. Le peuple convié

Eclata d’un grand rire. Avec son laid trophée,

La Mort s’enfuit… Comment lire ma Destinée?

 

La foule, après la Mort, peu à peu disparut

A mes yeux sans pensée. Et quand le bruit décrut,

Je regardai ma part du pantin morne et veule,

Dans la caverne obscure, où je demeurai seule.