Nicolas Rouzet
Vivre dans une maison de verre
Quand l’angoisse vient,
elle revient du fond des âges,
assoiffée, apeurée,
au fronton des forêts
elle se diffuse
de proche en proche
sous les feuilles étouffées…
Qu’elle est étrange, cette vie,
si proche, si lointaine,
une belle étrangère !
Elle se rapproche
quand on s’en éloigne…
Il n’existe que deux certitudes :
le fini, l’infini.
Avec nos mots, nos gestes maladroits,
nous sommes les croyants d’un culte naïf : croire que
l’on peut atteindre par des mots, un infini qui est
au-delà du langage.
Et puis,
vient ce mot
qui se pose sur la page
affolé par la torpeur estivale
et qu’on n’ose épingler
de peur d’en perdre le sens
d’en salir
d’en ternir à jamais
toutes ces subtiles couleurs
que le vent par la fenêtre
aura jetées à terre.
De fil en ivoire,
flamme et lumière,
l’orage se déployant,
de toutes ces mains si proches
laquelle aura eu ce geste guérisseur ?
Si seulement…
loin, très loin,
plus léger que l’air,
on pouvait devenir l’oiseau
ce champion poids plume
qui nous chaperonnerait
face aux quatre murs de la raison.
Un seul arbre
suffit parfois à réenchanter
notre déracinement.
Et la voix de l’homme, dispersée,
nous redevient amicale
même lorsqu’on n’en comprend pas un mot.
Un seul arbre.
N’ayant pas trouvé le mot,
j’ai perdu patience,
aveuglé par la neige
qui écrivait sur un ciel tendre
le poème dont j’aurais voulu être l’auteur.
Ce que la neige ne dit pas
la lampe le sait,
une fragile flamme sur l’autel
suffit à toutes les trêves,
avec la force de l’enfance
jaillissant dans ce chant nocturne
qui dissipe nos passions tristes.
Il existe un lieu où nous ne serons plus séparés.
Vivre dans une maison de verre,
dans la transparence de chaque geste.
Parcourir les chemins,
tous les chemins,
devenir chemin soi-même,
y disparaître.