Maxime Morel

FIN DU RUT / Naissance des Espaces-Interstices

Poésie-Paléo

L’événement est nommé par les archéologues :

 

FIN DU RUT !

 

Ainsi ça peut être toujours

comme ça peut être jamais

ça peut être maintenant avec une pierre

avec une branche

avec 1 humain avec 2 humains avec 12 ou 14 ou

17 humains

avec 1 humain à la fois avec 2 humains à la fois avec 12 ou 14 ou 17 humains à la fois

ou simplement constellé

d’une à une autre à une autre à une autre...

 

Love in the middle of the Air!

 

L’eau de dessous

avec un arbre ou dans la terre dans la rivière ou sous ce nuage avec cette cascade

avec ce pommeau de douche

sur une machine à laver

sur un siège de bateau au rythme des tapages de la coque et de l’eau

 

 

Des archéologues ont récemment découvert dans un boyau miraculeusement préservé de la grotte d’Oxocelhaya (Pays basque), un poème au charme lyrique désuet que nous reproduisons ci-dessous dans notre propre traduction.

 

Cette découverte s’explique par le fait que durant près de 100 ans, les propriétaires de cette partie de la grotte ont refusé toute fouille, comme le racontent les guides.

 

 

[Amour-Grotte

 

La Grande fête dans la grotte

(Poème pour se frotter dans la grotte)

Stalactite ! Stalagmite !

 

Des corps en arrière

Des corps avec la pierre

avec des échafaudages en bois

 

À force

il se dégage de la vapeur

et aussi pour continuer à semer

pour que les terres de l’intérieur

prennent aussi de l’humide

et que la lumière progressivement se rallume

ou s’éteigne ou ralentisse

La femme et l’homme des lumières !

font danser les ombres

avec les 1 000 cris sept fois répétés

en 7 000 cris

 

Quels sont les doigts qui accrochent les stalactites ?

 

Par moment les bras cherchant où accrocher un plaisir

heurtent une chauve-souris

 

Musculature...

 

Et si ça ne cessait jamais ?

 

(là où ça se ressert

là où ça s’élargit)

 

quand tous les adultes ont disparu

 

De la voûte

Vapeur !

corps liquide en suspension

sortie du corps par le liquide

 

Puis au dehors retour de fumée

au contact de la météo et du WURM !

le grand refroidissement ]

 

 

FIN DU RUT !

 

Alors, de nouveau, on pourrait inventer un couple

de quelques heures cumulées

avec des nouvelles caresses

avec une nouvelle langue

les caresses et la langue juste pour nous pour un nous

sans images

un nous dans une nouvelle lumière

avec cette mémoire sans images fixes

seulement celle d’entre les yeux et le monde

 

Quand le regard regarde

ce qu’il voit le regard

ce n’est pas l’océan

le regard ne voit pas non plus le phare

entre le ciel et l’océan

 

Dans l’interstice qui se situe en dedans de cet interstice

le regard voit reconstitue encore

le regard retravaille sa mémoire vive

le regard voit cet autre regard

le regard touche par la peau

le regard touche par les cheveux

le regard touche par les mains

par les positions des mains

avec des mains à mille doigts

 

Le regard entre là où le regard est absent

il y entre à tâtons

y construit une cabane de tissu

il s’y tord

il est pris dans un cou

dans une oreille

il tourne autour des ferrailles accrochées aux oreilles

— le regard —

avec ses images dans les yeux

avec nos regards de mains nos regards de langues nos regards de sexes nos regards de seins

quand on veut faire entrer tout le corps par la bouche

 

Voici les grandes migrations des corps et

— statiques dans la pierre —

voici les corps de rennes pris dans des corps de rennes

pris dans des corps de biches

 

profils dans profils

et toisons sur le bas des pattes

 

les bras dans les bras

sur la peau

la peau avec le tapis

 

bras dans les bras et jambes dans jambes

avec tant de peau à lécher à mordre à mâcher

bête à la langue douce

 

qui cherche avidement de quoi boire

pour continuer à lécher à mordre à mâcher

 

les corps dansent doucement en un corps

sans sonnerie sans fatigue

avec le monde oublié du dehors

 

[C'était aussi très beau de te voir admirer la lumière du matin... J'ai encore quelques images en tête...]

 

Och Solen kom och naken låg jag et le soleil arriva et je restai nue, allongée

 

[Je dois dire que je ne suis pas encore vraiment revenue ici en pensées (enfin je veux dire, j'ai bien eu mon bus, j’ai rejoint la maison, je suis allée faire des courses mais ma tête n'est pas trop là) — plutôt dans les nuages et les images de la nuit pas tout à fait dissipées — je plane un peu, c’est joli]

 

Une nuit

sur le dos

des milliards de caresses d’ailes d’oiseau

 

C’est tant de joie ! C’est tant de joie !