Gérard de Nerval

Antéros

Tu demandes pourquoi j’ai tant de rage au cœur

Et sur un col flexible une tête indomptée ;

C’est que je suis issu de la race d’Antée,

Je retourne les dards contre le dieu vainqueur.

 

Oui, je suis de ceux-là qu’inspire le Vengeur,

Il m’a marqué le front de sa lèvre irritée,

Sous la pâleur d’Abel, hélas ! ensanglantée,

J’ai parfois de Caïn l’implacable rougeur !

 

Jéhovah ! le dernier, vaincu par ton génie,

Qui, du fond des enfers, criait : « Ô tyrannie ! »

C’est mon aïeul Bélus ou mon père Dagon…

 

Ils m’ont plongé trois fois dans les eaux du Cocyte,

Et protégeant tout seul ma mère Amalécyte,

Je ressème à ses pieds les dents du vieux dragon.