Georges Rodenbach

Les cygnes

Les cygnes blancs, dans les canaux des villes mortes,

Parmi l'eau pâle où les vieux murs sont décalqués

Avec des noirs usés d'estampes et d'eaux-fortes,

Les cygnes vont comme du songe entre les quais.

 

Et le soir, sur les eaux doucement remuées,

Ces cygnes imprévus, venant on ne sait d'où,

Dans un chemin lacté d'astres et de nuées

Mangent des fleurs de lune en allongeant le cou.

 

Or ces cygnes, ce sont des âmes de naguères

Qui n'ont vécu qu'à peine et renaîtront plus tard,

Poètes s'apprenant aux silences de l'art,

Qui s'épurent encore en ces blancs sanctuaires,