Georges Rodenbach

Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez

Ah ! Vous êtes mes soeurs, les âmes qui vivez

Dans ce doux nonchaloir des rêves mi-rêvés

Parmi l'isolement léthargique des villes

Qui somnolent au long des rivières débiles ;

 

Ames dont le silence est une piété,

Ames à qui le bruit fait mal ; dont l'amour n'aime

Que ce qui pouvait être et n'aura pas été ;

Mystiques réfectés d'hostie et de saint chrême ;

 

Solitaires de qui la jeunesse rêva

Un départ fabuleux vers quelque ville immense,

Dont le songe à présent sur l'eau pâle s'en va,

L'eau pâle qui s'allonge en chemins de silence...