Eudore Évanturel
Premières poésies
Vousserez toujours là, créole prisonnière !
Au-dessus du feuillet que j’aurai profané,
Comme au balcon du ciel un archange incliné,
Ou comme les rayons de l’étoile polaire ;
Vous serez toujours là, penchée avec mystère,
Promenant çà et là votre front étonné,
Sur ce sonnet qu’un soir ma main a crayonné,
Ayant, à votre insu, vos grands yeux pour lumière
Vous serez toujours là — prisonnière un peu pâle !
Au milieu des fleurons, dans votre cadre ovale,
Où l’artiste est venu vous poser à genoux ;
Vous serez toujours là, sans vous douter peut-être,
Que ces fleurs, à vos pieds j’aurais voulu les mettre,
Si l’on pouvait monter pour aller jusqu’à vous.