Anonyme
Les arbres se déshabillent
sans pudeur, sans honte,
sans regarder si on les regarde.
Ils posent leurs feuilles par terre
avec une générosité tranquille.
Jaune. Rouille. Bordeaux.
Un peu de vert encore.
Je voudrais faire pareil.
Poser mes habitudes sur le trottoir.
Mes façons de me tenir.
Mes politesses automatiques.
La façon d'entrer dans une pièce
et de prendre le moins de place.
La façon de parler moins fort
quand il y a des gens qui savent.
Poser tout ça.
Et rentrer légère,
les bras le long du corps,
sans rien dans les poches.
Les arbres ne semblent pas tristes.
Ils semblent soulagés.
Comme quelqu'un qui arrive enfin
à la maison après trop longtemps.
En décembre ils seront vides.
Tous les os dehors.
Et ils auront l'air d'eux-mêmes
pour la première fois depuis l'été.
Je regarde novembre
depuis la fenêtre de cuisine.
Je bois un café trop fort.
Je ne me décide pas.
Mais je laisse une feuille tomber.
Une petite habitude inutile.
Personne n'a remarqué.
C'est un début.