Anonyme
La mer revient chaque nuit
reprendre ce qu'elle a laissé.
Elle ne s'excuse pas.
Elle ne prévient pas.
Elle arrive à l'heure qu'elle choisit
et prend ce qui lui appartient.
Les galets, les algues sèches,
le sable que le vent avait bougé.
Les traces de pas du matin.
Les tours que les enfants ont faites.
Elle reprend tout, tranquillement,
comme si rien n'avait eu lieu.
Comme si la journée entière
était une parenthèse sur sa plage.
Je la regarde, certains soirs,
depuis le haut du rocher.
J'ai les pieds dans le froid.
J'ai le vent dans les cheveux.
Et je comprends certaines personnes.
Celles qui reviennent.
Celles qui reprennent.
Celles qui ne s'excusent pas non plus.
Celles qui pensent que le monde
leur a appartenu longtemps
avant d'être à d'autres,
et qui le reprennent sans bruit.
Je ne suis pas comme ça.
Moi je laisse.
Je laisse les traces, les galets,
les tours que les autres ont faites.
Mais cette nuit j'ai regardé la mer
longtemps, sans bouger.
Et j'ai pensé que peut-être
un peu de marée ne ferait pas de mal.
Reprendre quelque chose.
Une seule chose.
Sans prévenir.
Juste parce que c'est l'heure.