Anonyme

Marée

La mer revient chaque nuit

reprendre ce qu'elle a laissé.

 

Elle ne s'excuse pas.

Elle ne prévient pas.

Elle arrive à l'heure qu'elle choisit

et prend ce qui lui appartient.

 

Les galets, les algues sèches,

le sable que le vent avait bougé.

Les traces de pas du matin.

Les tours que les enfants ont faites.

 

Elle reprend tout, tranquillement,

comme si rien n'avait eu lieu.

Comme si la journée entière

était une parenthèse sur sa plage.

 

Je la regarde, certains soirs,

depuis le haut du rocher.

J'ai les pieds dans le froid.

J'ai le vent dans les cheveux.

 

Un peu de marée ne me ferait pas de mal.

De venir reprendre la nuit,

ce que j'avais laissé sur une autre plage

d'un autre côté, là-bas

Et sans prévenir.

Mon écume sera des lances

Mon eau sera acide

Je reprendrai chaque grain

pour construire une forteresse.