Lord Byron
"À quoi bon construire ton manoir, ô fils des jours ailés ? Tu regardes aujourd’hui du haut de ta tour... Encore quelques années, le vent du désert s’élèvera, et prolongera ses hurlements à travers les salles solitaires." Ossian.
À travers tes créneaux, Newstead, sifflent les vents à la voix profonde. Toi, la demeure de mes pères, tu n’es plus maintenant que ruines. Dans tes jardins autrefois souriants, la ciguë et l’ortie ont étouffé les roses qui s’épanouissaient jusqu’au bord des sentiers.
Des barons vêtus de fer, qui conduisaient fièrement leurs vassaux à la bataille et les en- traînaient des rives de l’Europe jusqu’aux plaines de la Palestine, les seuls tristes vestiges qui restent aujourd’hui sont des écussons et des boucliers frémissant aux souffles de l’orage.
Le vieux Robert n’éveille plus dans les cœurs, par les accords de sa harpe, une passion brûlante pour les lauriers cueillis dans les combats. Jean d’Horistan dort son dernier sommeil, et les chants de son ménestrel sont éteints aussi par la mort.
Paul et Hubert, également, reposent dans les champs de Crécy ; ils sont tombés pour assurer le triomphe d’Édouard et de l’Angleterre. Ô mes pères ! les larmes de votre patrie vous assurent l’immortalité ; ses annales redisent toujours comment vous avez combattu, comment vous avez péri.
À Marston-Moor, avec Rupert, vous avez lutté contre les traîtres. Quatre frères, parmi vous, ont abreuvé de leur sang la plaine sinistre. Ils défendaient les droits du monarque au nom même de la patrie ; ils scellèrent par leur mort leur dévoûment à la royauté.
Ombres de tant de héros, recevez mes adieux. Votre héritier vous salue en quittant le toit de ses ancêtres. Sur la rive étrangère comme sur le sol natal, votre souvenir nourrira son courage ; il rêvera de gloire en songeant à vous.
Si des larmes troublent sa vue au moment d’une si mélancolique séparation, c’est la nature seule, et non la crainte, qui fait parler ses regrets. Il court au loin, poussé par le désir de vous égaler. Jamais la gloire de ses ancêtres ne s’effacera de sa pensée.
Une telle gloire, de tels souvenirs, lui seront chers en tout temps. Il jure de ne point rester au-dessous de votre renommée. Comme vous il veut vivre, comme vous il veut périr. Puisse-t-il, après sa mort, mêler sa cendre à la vôtre !