Auguste Barbier

Le Lion

Iambes et Poèmes

J’ai vu pendant trois jours, j’ai vu plein de colère

Bondir et rebondir le lion populaire,

Sur le pavé sonnant de la grande cité.

Je l’ai vu tout d’abord, une balle au côté,

Jetant à l’air ses crins et sa gueule vorace,

Tordre à doubles replis les muscles de sa face ;

J’ai vu son col s’enfler, son orbite rougir,

Ses grands ongles s’étendre, et tout son corps rugir…

Puis je l’ai vu s’abattre à travers la mêlée,

La poudre et les boulets à l’ardente volée,

Sur les marches du Louvre… et là, le poil en sang

Et ses larges poumons lui battant dans le flanc,

La langue toute rouge et la gueule béante ;

Haletant, je l’ai vu de sa croupe géante,

Inondant le velours du trône culbuté,

Y vautrer tout du long sa fauve majesté.