Anna de Noailles

Journée orientale

Les Éblouissements

Lumineux ouragan de l’ardente saison !

Il semble que l’été fonce dans ma maison.

Par tous les clairs carreaux le beau soleil se hâte.

Il s’élance, il accourt, c’est une molle pâte

De miel, de cédrat d’or, de sucre oriental ;

C’est un étourdissant nuage de santal…

– Ô bleu soleil épars que tout l’espace incline,

Entre, glisse, bondis, coule sans discipline

Dans mes bras entr’ouverts comme un temple, descends

Sur mes genoux baignés de lotus et d’encens,

Dans mon âme éblouie, odorante, laquée…

Entre, mon cher soleil, dans ta blanche mosquée !