Louise-Victorine Ackermann

Adieux à la poésie

Mes pleurs sont à moi, nul au monde

Ne les a comptés ni reçus ;

Pas un œil étranger qui sonde

Les désespoirs que j’ai conçus.

 

L’être qui souffre est un mystère

Parmi ses frères ici-bas ;

Il faut qu’il aille solitaire

S’asseoir aux portes du trépas.

 

J’irai seule et brisant ma lyre,

Souffrant mes maux sans les chanter ;

Car je sentirais à les dire

Plus de douleur qu’à les porter.