Iwan Gilkin

Le moribond

Assez de pleurs ! Assez de cris ! Cessez de feindre !

Vous appelez ma mort ! Ne vous récriez pas :

Vous êtes fatigués d’attendre mon trépas.

Partez ! J’ai vécu seul, seul je saurai m’éteindre.

 

Vous avez beau m’aimer, me soigner et me plaindre,

Votre sang jeune et chaud fuit mon vieux sang glacé ;

Vos délicates mains, où l’horreur a passé,

Semblent prier mes mains de ne pas les étreindre.

 

Vos yeux, épris de vie et de lumière, ont peur

De mes yeux mous, creusés par l’ange fossoyeur,

Et vos lèvres, ô fleurs des naissances futures,

 

Qu’enflent les baisers frais et le suc du Désir,

Se fanent sur ma bouche où la Mort fait gémir

Le souffle méphitique et froid des sépultures.