Jean-Joseph Rabearivelo

Le vitrier nègre

Traduit de la nuit

Le vitrier nègre

dont nul n’a jamais vu les prunelles sans nombre

et jusqu’aux épaules de qui personne ne s’est encore haussé

cet esclave tout paré de perles de verroterie,

qui est robuste comme Atlas

et qui porte les sept ciels sur sa tête,

on dirait que le fleuve multiple des nuages va l’emporter

le fleuve où son pagne est déjà mouillé.

 

Mille et mille morceaux de vitre

tombent de ses mains

mais rebondissent vers son front

meurtri par les montagnes

où naissent les vents.

 

Et tu assistes à son supplice quotidien

et à son labeur sans fin ;

tu assistes à son agonie de foudroyé

dès que retentissent aux murailles de l’Est

les conques marines —

mais tu n’éprouves plus de pitié pour lui

et ne te souviens même plus qu’il recommence à souffrir

chaque fois que chavire le soleil.