Auguste Angellier

Les Rêveries

Depuis les premiers mots timides et tremblants,

Et les chastes aveux approuvés des étoiles,

Jusqu’aux mots éperdus que la Beauté sans voiles

Fait jaillir mélangés à des baisers brûlants,

 

Des soupçons désolés aux pardons accablants,

La langue de l’Amour, tumultueuse et triste,

Est infinie ; on est un immortel artiste

Pour en avoir rendu la grâce ou les élans.

 

Nul poète à lui seul ne la possède entière,

Tendre, mélancolique, âpre, farouche, fière,

Des aveux alanguis faits pour durer toujours

 

Aux paroles de feu brèves et bondissantes,

Du soupir caressant des passions naissantes

Au grand cri de douleur qui clôt tous les amours.