Alphonse de Lamartine

Le Lac

Méditations Poétiques

AINSI, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges

Jeter l’ancre un seul jour ?

 

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,

Et près des flots chéris qu’elle devoit revoir,

Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre

Où tu la vis s’asseoir !

 

Tu mugissois ainsi sous ces roches profondes,

Ainsi tu te brisois sur leurs flancs déchirés,

Ainsi le vent jetoit l’écume de tes ondes

Sur ses pieds adorés