Gérard de Nerval

Le Christ aux Oliviers - III

« Immobile Destin, muette sentinelle,

Froide Nécessité !… Hasard qui t’avançant,

Parmi les mondes morts sous la neige éternelle,

Refroidis, par degrés l’univers pâlissant,

 

Sais-tu ce que tu fais, puissance originelle,

De tes soleils éteints, l’un l’autre se froissant…

Es-tu sûr de transmettre une haleine immortelle,

Entre un monde qui meurt et l’autre renaissant ?…

 

Ô mon père ! est-ce toi que je sens en moi-même ?

As-tu pouvoir de vivre et de vaincre la mort ?

Aurais-tu succombé sous un dernier effort

 

De cet ange des nuits que frappa l’anathème…

Car je me sens tout seul à pleurer et souffrir,

Hélas ! et si je meurs, c’est que tout va mourir ! »