Marie Krysinska

Sérénade

Joies errantes

À Stéphane Mallarmé.

 

La Nuit, gracieuse et farouche sirène,

Flotte dans le calme bleu éthéréen,

Ouvrant ses yeux purs — qui sont des astres —

Et pleure de longues larmes tranquilles,

Des larmes de lumière, tremblant un peu,

Dans la paix dormante de l’eau

Où les navires à l’amarre

Sont des fantômes de navires,

Si pâlement profilés sur le ciel ;

On dirait d’une très ancienne estampe

Effacée à moitié par le temps.

 

Un charme indolent vaporisa les contours ;

Et les formes sont de tendres spectres

Revêtus de passé, de mystère et de rêve,

Au gré de notre désir incertain.