Iwan Gilkin

Vision

Prophétique, ô martyre ! et si triste ! apparue

Sur l’angoisse des eaux nocturnes, dans l’angoisse

De la sinistre nuit sur l’eau noire, qui poisse

Ses plis épais et mous ; si triste, insecourue,

 

Flottant dans ses longs pleurs phosphorescents et vagues,

Bouche expirante, yeux clos, d’où coule comme un fleuve

Une douleur immense, inconsolable et veuve ;

Tête en songe, là-bas, sur l’oreiller des vagues ;

 

Soulevant ton front vierge et lucide, que baigne

Tant d’ombre, ton cher front percé d’un clou qui saigne

— Ces clous sanglants ! les clous cruciaux des calvaires ! —

 

Prédis-tu, dans l’horreur des ténèbres sévères,

Qu’un jour je meurtrirai d’un cruel sacrilège

L’éternelle candeur de ton rêve de neige ?