Émile Verhaeren

Le don du corps, lorsque l'âme est donnée,

Les Heures du Soir

Le don du corps, lorsque l'âme est donnée,

N'est rien que l'aboutissement

De deux tendresses entraînées

L'une vers l'autre, éperdûment.

 

Tu n'es heureuse de ta chair,

Si belle en sa fraîcheur natale,

Que pour, avec ferveur, m'en faire

L'offre complète et l'aumône totale.

 

Et je me donne à toi, ne sachant rien

Sinon que je m'exalte à te connaître,

Toujours meilleure, et plus pure, peut-être,

Depuis que ton doux corps offrit sa fête au mien.

 

L'amour, oh! qu'il nous soit la clairvoyance

Unique, et l'unique raison du c?ur,

A nous, dont le plus fol bonheur

Est d'être fous de confiance.